Maître Coutelier depuis 1902 - Thiers
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Histoire du couteau en Auvergne

L’histoire du couteau entre dôme et dore

Située dans le Puy-de-Dôme, face à la chaîne des Puys et en plein coeur du Parc naturel régional Livradois-Forez, Thiers est une ville fascinante qui ne peut laisser personne indifférent. Cité médiévale au caractère affirmé, s’étendant de son éperon rocheux jusqu’à la plaine fertile de la Limagne, Thiers arbore fièrement six siècles d’histoire de la coutellerie. Que ce soit un nom de rue (rue de la Coutellerie, rue des Forgerons, rue des Usines, rue de l’Industrie…), une enseigne accrochée ou peinte sur une boutique, les premières forges industrielles nichées dans la vallée ou encore une roue à aubes installée le long de la Durolle, nul ne peut ignorer, au détour d’une ruelle ou d’un chemin, les nombreuses empreintes laissées dans la cité par l’activité coutelière.

Le creux de l’enfer, ainsi surnommé compte tenu des conditions de travail difficiles au début du siècle

Le creux de l’enfer, ainsi surnommé compte tenu des conditions de travail difficiles au début du siècle

De la Durolle naît le couteau…

L’origine de cette spécialisation remonterait au Moyen Âge : une légende voudrait ainsi que les croisés auvergnats aient rapporté d’Orient le secret de la fabrication du métal. Plus vraisemblablement, la coutellerie thiernoise existe depuis le XVe siècle, en témoigne la trentaine de couteliers référencés dans les registres d’impôts de l’époque. Un siècle plus tard, Ils seront deux cents.

Et pourtant, rien ne prédestinait la cité auvergnate à cette spécialisation. Il n’y a sur place ni mines de fer ou d’acier, ni carrières de grès pour meules. Mais il y a la Durolle, rivière torrentueuse dont la force hydraulique va fournir l’énergie nécessaire aux moulins et usines des couteliers. Sans oublier la formidable obstination et la motivation d’une population occupant un territoire difficile et escarpé. Dès le XVIIe siècle, les couteaux fabriqués à Thiers s’exportent des ports de Bordeaux et Nantes, via l’Espagne et l’Italie, jusqu’au Levant. Mais c’est au XIXe siècle que la coutellerie va connaître un essor phénoménal. En 1855, l’activité coutelière occupe 25 000 personnes.

La mémoire locale garde d’ailleurs le souvenir des « ventres jaunes », ces centaines d’émouleurs (qui donnent leur tranchant aux lames) couchés

sur le ventre au-dessus des meules, position propre à l’activité coutelière française, avec un petit chien allongé sur leurs jambes pour leur tenir chaud.

Au creux de l’enfer, des centaines de ventres jaunes

Installés au bord de la Durolle, dans ce qu’on nomme désormais la « Vallée des Usines » également appelée « le Creux de l’Enfer », les ateliers profitent pleinement de l’énergie fournie par la rivière pour produire et fournir massivement les quincailliers grossistes de France et de Navarre, grâce à une organisation du travail performante, basée sur la parcellisation (le travail est éclaté entre une multitude d’ateliers qui n’effectue qu’une étape de la fabrication. Il s’agit du travail à domicile régi par une convention collective spécifique). La mémoire locale garde d’ailleurs le souvenir des « ventres jaunes », ces centaines d’émouleurs (qui donnent leur tranchant aux lames) couchés sur le ventre au-dessus des meules, position propre à l’activité coutelière française, avec un petit chien allongé sur leurs jambes pour leur tenir chaud.

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Thiers, dynamique cité industrielle

Aujourd’hui, si les entreprises ont déserté les rives de la Durolle, elles produisent encore 70 % de la consommation française de couteaux (couteaux de table, couteaux de poche, couteaux professionnels…) ; elles sont plus de 60 à être installées dans les zones industrielles du bassin thiernois.

L’une des spécificités de la coutellerie thiernoise résidait et réside encore dans la production et la fabrication d’une multitude de couteaux de région dont le plus renommé reste peut-être le « Laguiole » (du nom d’un village de l’Aveyron). Depuis des générations, les couteliers thiernois se sont donc attachés à produire des couteaux régionaux sans qu’aucun d’entre eux, jusqu’en 1994, ne porte le nom de « Thiers ». Aujourd’hui le « Thiers® » existe grâce à la Confrérie du Couté de Tié. Il se distingue par sa ligne, son nom apposé sur la lame, son poinçonnage (un « T » inscrit dans un carré) et un cahier des charges strict et qualitatif gage de sécurité pour le consommateur.

Logo-confrerie-coutie-de-tieThiers n’a donc rien perdu de son dynamisme et reste la capitale incontestée du couteau, avec environ 100 couteliers et 60 sous-traitants affectionnant leur savoir-faire.

Laguiole n’est pas une marque de couteau mais un nom de village qui a donné son nom à une forme de couteau avec un manche courbé

et orné d’une petite abeille. 80 % des laguioles fabriqués en France le sont à Thiers depuis des siècles.